Le carton rouge reçu par l’attaquant américain Folarin Balogun lors des 32es de finale du Mondial 2026 a été annulé par la Commission de Discipline de la FIFA, le rendant disponible pour les 8es de finale face à la Belgique. Selon le New York Times, la décision est intervenue après un appel téléphonique du président Donald Trump à Gianni Infantino, le président de la FIFA. Sepp Blatter, l’UEFA et la Belgique dénoncent une ingérence politique inédite.
Comment la FIFA a-t-elle annulé le carton rouge de Balogun ?
La Commission de Discipline de la FIFA a annoncé dimanche 5 juillet la suspension de la sanction automatique d’un match infligée à Folarin Balogun, en s’appuyant sur l’article 27 du Code disciplinaire de la FIFA. La mise en application de la sanction est différée pour une période probatoire d’un an : si l’attaquant américain commet une nouvelle infraction de gravité comparable durant cette période, la suspension initiale sera appliquée, en plus d’une éventuelle nouvelle sanction.
Selon ESPN, il s’agit du premier cas depuis 1962 où un carton rouge reçu en Coupe du Monde n’entraîne pas de suspension automatique pour le match suivant. Balogun devient éligible pour les 8es de finale face à la Belgique, ce lundi 6 juillet au Seattle Stadium.
Que s’est-il passé lors de USA – Bosnie-Herzégovine ?
Balogun avait été expulsé à la 64e minute de la victoire 2-0 des États-Unis face à la Bosnie-Herzégovine, en 32es de finale, le mercredi 1er juillet. Rappelé au bord du terrain par la VAR, l’arbitre brésilien Raphael Claus avait sanctionné d’un carton rouge direct un geste du joueur américain sur la cheville du défenseur bosnien Tarik Muharemović. Auteur de l’ouverture du score plus tôt dans la rencontre, Balogun avait traîné ses crampons sur l’arrière du pied de son adversaire alors que celui-ci chutait au sol. Réduits à dix, les hommes de Mauricio Pochettino avaient quand même validé leur qualification pour les 8es de finale grâce à un coup franc de Malik Tillman en seconde période, qui avait porté le score à 2-0.
Ce carton rouge entraînait en théorie une suspension automatique d’un match, qui aurait privé les États-Unis de leur meilleur buteur du tournoi (trois réalisations) pour le choc face à la Belgique.
Pourquoi Sepp Blatter dénonce-t-il un « terrain de jeu pour le pouvoir politique » ?
L’ancien président de la FIFA (1998-2015) Sepp Blatter a réagi sur X dès l’annonce de la décision, dénonçant une atteinte à l’indépendance des instances disciplinaires du football. Publié le jour même de l’annonce de la FIFA, son message a dépassé les 3,7 millions de vues, avec plus de 32 000 likes, 10 000 partages et 1 700 réponses selon les compteurs de la plateforme X.
« Un carton rouge ne s’annule pas par un coup de fil politique. Il s’annule par des règles, des preuves et des instances indépendantes. Si un président américain intervient auprès du président de la FIFA, et qu’un joueur est soudainement blanchi avant un match à élimination directe de Coupe du Monde, la question est inévitable : Quo vadis, FIFA ? Le football ne doit jamais devenir un terrain de jeu pour le pouvoir politique. »
— Sepp Blatter, ancien président de la FIFA
Ce qui frappe surtout dans cet épisode, c’est le paradoxe Blatter : l’homme associé pendant des années aux soupçons de corruption qui ont fini par le faire bannir de toute activité liée au football en 2015 se retrouve à donner des leçons d’éthique à ses successeurs. L’ironie n’efface pas le fond de son propos. Qu’un dirigeant banni pour manquement à l’éthique et une instance comme l’UEFA arrivent à la même conclusion, à quelques heures d’intervalle, ça veut dire quelque chose.
Donald Trump confirme-t-il avoir appelé Gianni Infantino ?
Oui. Le président américain a confirmé lundi avoir demandé à Gianni Infantino de revoir la décision, tout en niant lui avoir donné un ordre. « Oui, j’ai demandé une révision à la FIFA », a-t-il déclaré, avant de préciser : « Tout ce que j’ai fait, c’est demander une révision. Je n’ai pas dit : vous devez faire ça. »
Selon le New York Times, l’appel a eu lieu le mercredi 1er juillet, le jour même du carton rouge. Trump a justifié sa démarche en contestant la réalité de la faute : « Je ne pensais pas que c’était une faute », a-t-il expliqué, ajoutant à propos de la sanction : « C’est très injuste. Comment le pénaliser pour un match qui n’a pas encore été joué ? » Interrogé sur son influence réelle sur la décision finale, il a répondu : « Je ne lui ai pas dit quoi faire. Je ne peux pas lui dire quoi faire » et « Je ne pense pas que ce soit lui qui ait pris la décision. »
Comment Gianni Infantino a-t-il répondu aux accusations d’ingérence ?
Le président de la FIFA a répondu publiquement lundi, affirmant que la décision revenait entièrement à des organes indépendants. « Les organes juridictionnels de la FIFA sont indépendants », a-t-il déclaré, avant de reconnaître l’existence d’échanges avec la Maison-Blanche : « Oui, je discute régulièrement avec le Président de sujets liés à la Coupe du Monde de la FIFA. »
Infantino a insisté sur la séparation entre ces discussions et la décision disciplinaire elle-même : « Ce que je fais toujours, en revanche, c’est respecter ces décisions et l’autonomie des instances qui les rendent. Que nous aimions personnellement une décision ou non n’a aucune importance. » De son côté, la Fédération américaine de football (US Soccer) a sobrement réagi : « Nous acceptons la décision de la Commission de Discipline et sommes heureux que Folarin Balogun soit éligible. »
Pourquoi l’UEFA et la Belgique parlent-elles d’une décision « sans précédent » ?
L’UEFA a publié un communiqué lundi qualifiant la décision de ligne rouge franchie. « La décision d’hier de suspendre, pour une période probatoire d’un an, l’application de la suspension automatique d’un match consécutive au carton rouge infligé au joueur Folarin Balogun a franchi une ligne rouge », a écrit l’instance européenne, avant d’ajouter : « Nous exprimons notre incrédulité face à une décision aussi inédite, incompréhensible et injustifiable. » L’UEFA rappelle que la suspension automatique d’un match n’est pas une option discrétionnaire, mais un principe inscrit dans le règlement, qui ne peut souffrir d’exception en plein tournoi alors que d’autres joueurs dans la même situation ont purgé la leur sans discussion.
La Fédération royale belge de football (RBFA) s’est dite de son côté « stupéfaite », jugeant la décision « en contradiction directe » avec les règles que la FIFA a elle-même fixées pour ce tournoi. Elle affirme n’avoir reçu « aucun motif » pour cette décision, ni la copie de la décision, sa motivation, ou le rapport de l’arbitre, malgré ses demandes répétées. Son appel a toutefois été jugé irrecevable par la Commission d’Appel de la FIFA quelques heures avant le coup d’envoi face aux États-Unis, au motif que la RBFA n’était pas partie à la procédure disciplinaire et n’avait donc pas qualité pour la contester.
Sur le terrain, le sélectionneur belge Rudi Garcia, dont l’équipe a arraché sa qualification en 8es après prolongation face au Sénégal, n’a pas caché son agacement en conférence de presse d’avant-match : « Je ne savais pas qu’à la Coupe du Monde, le 5 juillet était en réalité le 1er avril », a-t-il ironisé, avant d’ajouter : « Nous ne défendons pas la sélection ou la fédération, nous défendons le football. »
La chronologie du scandale
| 1er juillet | Carton rouge de Balogun (64e) lors de USA 2-0 Bosnie-Herzégovine, en 32es de finale. |
| 1er juillet | Donald Trump appelle Gianni Infantino pour demander une révision de la sanction, selon le New York Times. |
| 5 juillet | La FIFA suspend la sanction pour une période probatoire d’un an. Balogun est libéré. |
| 5-6 juillet | Blatter, l’UEFA et la Belgique dénoncent la décision ; l’appel belge est jugé irrecevable. |
| 6 juillet | USA-Belgique, 8es de finale au Seattle Stadium. |
Comment Jürgen Klopp et le reste du football ont-ils réagi ?
Futur sélectionneur de l’Allemagne après la démission de Julian Nagelsmann consécutive à l’élimination surprise de la Mannschaft aux tirs au but face au Paraguay, Jürgen Klopp n’a pas mâché ses mots. « C’est notre jeu, pas le leur », a-t-il lâché, avant d’être plus direct encore : « Si Trump et Infantino se sont vraiment mis d’accord là-dessus, c’est dingue. Ça remet tout en cause. Ces deux hommes, qui n’y connaissent rien au football, ne devraient avoir aucun rôle dans tout ça. »
L’ancien entraîneur de Liverpool, qui dirigeait jusqu’ici le football au sein du groupe Red Bull, rejoint une liste de critiques qui dépasse largement le cercle belge.
Ce que cet épisode révèle dépasse le seul sort de Balogun. Une fédération peut désormais se demander si un appel à la bonne personne pèse plus lourd qu’un rapport d’arbitre validé par la VAR. Même sans preuve qu’Infantino ait cédé à la pression, le simple fait que le doute soit permis fragilise chaque décision disciplinaire à venir dans ce Mondial, y compris celles qui n’ont rien à voir avec les États-Unis.
Et maintenant ?
La question sportive se règle ce lundi soir : Balogun est titularisable pour le choc face à la Belgique en 8es de finale, au Seattle Stadium. Mais la question institutionnelle, elle, ne se refermera pas avec le coup de sifflet final. L’UEFA a déjà prévenu que d’autres fédérations pourraient invoquer ce précédent lors de futures phases à élimination directe, ce qui placerait la FIFA face à un choix : traiter chaque cas suivant de la même manière, au risque de vider de son sens la suspension automatique, ou refuser tout nouvel examen, au risque d’être accusée d’avoir traité les États-Unis différemment des autres nations.
Questions fréquentes
Pourquoi le carton rouge de Folarin Balogun a-t-il été annulé ?
La Commission de Discipline de la FIFA a suspendu, le 5 juillet 2026, l’application de la sanction automatique d’un match via l’article 27 de son Code disciplinaire, pour une période probatoire d’un an. La décision est intervenue après un appel téléphonique rapporté entre Donald Trump et Gianni Infantino.
Qui est Folarin Balogun ?
Folarin Balogun est l’attaquant titulaire des États-Unis au Mondial 2026, auteur de trois buts dans le tournoi. Il a été expulsé à la 64e minute de la victoire 2-0 face à la Bosnie-Herzégovine en 32es de finale, le 1er juillet.
Donald Trump a-t-il confirmé avoir appelé Gianni Infantino ?
Oui, le président américain a confirmé avoir demandé « une révision » à la FIFA, tout en assurant ne pas avoir donné d’instruction. Il affirme également ne pas croire qu’Infantino ait personnellement tranché le dossier.
Qu’a répondu la Belgique à la décision de la FIFA ?
La Fédération belge (RBFA) s’est dite « stupéfaite » et a fait appel de la décision. Cet appel a été jugé irrecevable par la Commission d’Appel de la FIFA quelques heures avant le match, la RBFA n’étant pas partie à la procédure disciplinaire initiale.
Le carton rouge de Balogun est-il vraiment sans précédent ?
Selon ESPN, c’est la première fois depuis 1962 qu’un carton rouge reçu en Coupe du Monde n’entraîne pas de suspension automatique pour le match suivant. L’UEFA a qualifié la décision d' »inédite, incompréhensible et injustifiable ».









