L’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy juge l’équipe de France « de très haut niveau… cela dit, sans Français » dans une tribune publiée samedi 11 juillet par El Debate. L’ambassade de France réplique aussitôt : 23 des 26 joueurs sélectionnés sont nés en France. Trois jours avant la demi-finale du Mondial 2026 face à l’Espagne, ces propos aux relents racistes déclenchent une vague de réactions, de Paris à Madrid, jusqu’à Pedro Sánchez lui-même.
Que s’est-il passé ? Rajoy juge les Bleus « sans Français »
Samedi 11 juillet au soir, Mariano Rajoy, Premier ministre d’Espagne de 2011 à 2018, publie une tribune dans le média conservateur El Debate à l’approche de la demi-finale de Coupe du monde entre la France et l’Espagne. Il y salue un adversaire redoutable avant de lâcher une phrase qui fait basculer le texte dans la polémique : « La France dispose d’un effectif de très haut niveau… cela dit, sans Français. »
La formule vise directement les origines de plusieurs internationaux tricolores. Relayée dès samedi soir par le compte @ActuFoot_, la tribune cumule en moins de 24 heures près de 5,9 millions de vues sur X et des dizaines de milliers de réactions indignées, en France comme en Espagne.
Comment l’ambassade de France a-t-elle répondu à Rajoy ?
L’ambassade de France en Espagne réagit dès dimanche midi sur X, chiffres à l’appui, pour couper court à la polémique. « Sans vouloir entrer dans une polémique, il convient de rappeler les faits : tous les joueurs de l’équipe de France sont français. Sur les 26 joueurs, 23 sont nés en France. Les trois qui sont nés à l’étranger sont français aussi », écrit la représentation diplomatique. Les trois joueurs concernés, Michael Olise, Marcus Thuram et Brice Samba, possèdent tous la nationalité française au même titre que leurs coéquipiers.
Une mise au point factuelle qui n’empêche pas la polémique de continuer à enfler tout au long de la journée de dimanche, à mesure que dirigeants sportifs et responsables politiques des deux pays s’en emparent. En Espagne, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares qualifie à son tour les propos de son ancien chef de gouvernement de « blessants et dangereux ».
Diallo, Faure, Roussel : la classe politique dénonce un « racisme crasseux »
Philippe Diallo, président de la Fédération française de football, condamne fermement la sortie de l’ancien chef du gouvernement espagnol dès dimanche après-midi. Sur X, il écrit : « Les propos de Mariano Rajoy évoquant l’équipe de France comportent des relents de racisme intolérables. Et ils interrogent sur le détestable climat qui génère de tels remugles. Nos joueurs n’ont aucun certificat de nationalité à recevoir d’un ancien Premier ministre espagnol. »
Côté politique français, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, réplique en des termes tout aussi tranchants : « L’équipe de France ne comprend que des Français. La France n’est pas une nation ethnique, elle n’a pas de couleur de peau ou de religion. C’est une nation politique rassemblée autour de la devise républicaine. N’en déplaise à la droite raciste. » Le communiste Fabien Roussel dénonce lui aussi un « racisme crasseux », tandis que le député Karl Olive, président du groupe d’amitié France-Espagne à l’Assemblée nationale, dit condamner « avec la plus grande fermeté » des propos qui remettent en cause « la qualité de Français » des internationaux tricolores.
Au sein même du gouvernement, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou va plus loin : « À chaque victoire des Bleus, les mêmes obsessions et insultes racistes ressurgissent. Ce ne sont pas des « dérapages ». C’est une haine méthodique et banalisée de la France et de ce qu’elle est », dénonce-t-elle, avant d’inviter la Fédération française de football à engager des poursuites. Sa collègue Aurore Bergé, chargée de la Lutte contre les discriminations, dénonce des « dérapages racistes répétés » et appelle à ce que « le sport redevienne du sport : un lieu où on est jugé sur son talent et sur aucun autre critère ». Interrogé sur BFMTV, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez juge de son côté que, si la citation prêtée à Rajoy est exacte, elle est « absolument inacceptable ».
🕒 Chronologie de la polémique
| Sam. 11/07, 22h35 | La tribune de Mariano Rajoy dans El Debate est relayée sur X, plus de 5,8 millions de vues en 24h |
| Dim. 12/07, 9h40 | La presse française (Le Parisien, L’Équipe, franceinfo) reprend l’affaire |
| Dim. 12/07, 12h00 | L’ambassade de France en Espagne rétablit les faits sur la nationalité des joueurs |
| Dim. 12/07, 14h12 | Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, dénonce des « déclarations xénophobes » |
| Dim. 12/07, apr.-midi | Puente, Moutchou, Bergé et Nuñez montent au créneau à leur tour, à Madrid comme à Paris |
| Dim. 12/07, 16h56 | Philippe Diallo (FFF) dénonce des « relents de racisme intolérables » |
| Dim. 12/07, 20h43 | Le député Karl Olive condamne à son tour, au nom du groupe d’amitié France-Espagne |
Qu’a répondu Pedro Sánchez à Mariano Rajoy ?
Même à Madrid, le gouvernement lâche Rajoy. Le ministre des Transports Óscar Puente qualifie son prédécesseur d’« idiot post-franquiste », jugeant qu’il n’a « jamais été modéré ». Mais c’est l’actuel Premier ministre espagnol Pedro Sánchez qui recadre le plus sévèrement son propre camp. Dans un message publié dimanche en fin de matinée, il écrit : « Certains mesurent encore l’appartenance à un pays au nom de famille, au lieu de naissance ou à la couleur de peau. D’autres la mesurent à l’attachement à un pays et à la volonté d’y contribuer. En jouant au football. En prenant soin de nos aînés. Ou en créant des entreprises. L’Espagne appartient à ceux qui l’aiment et qui travaillent pour elle. Pas à ceux qui lui font honte avec des déclarations xénophobes. » Il conclut en souhaitant la bienvenue aux Bleus en demi-finale et en formulant un vœu limpide : « Que le meilleur gagne et que le racisme perde. »
Un climat déjà tendu depuis l’affaire Mbappé-Amarilla
Cette sortie de Mariano Rajoy intervient à peine dix jours après une autre polémique raciste visant un joueur français à ce Mondial : celle de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla, dont les propos sur Kylian Mbappé avaient été unanimement condamnés en France début juillet. Deux affaires distinctes, un seul ressort : remettre en cause la légitimité de joueurs français à cause de leurs origines, en pleine Coupe du monde.
Le procédé n’a rien de nouveau. En 1996 déjà, Jean-Marie Le Pen jugeait « artificiel » de « faire venir des joueurs de l’étranger et de les appeler l’équipe de France ». Trente ans plus tard, le même argument ressort, cette fois porté par un ancien chef de gouvernement européen plutôt que par un dirigeant d’extrême droite français. Le costume change, le fond ne bouge pas.
Et maintenant ? France-Espagne, mardi à Dallas
La demi-finale du Mondial 2026 entre la France et l’Espagne se joue mardi 14 juillet à 21h (heure française) au stade de Dallas, en clair sur M6 et M6+. L’Espagne, championne d’Europe en titre, aborde ce choc en position de force psychologique : la Roja a remporté les deux dernières confrontations officielles face aux Bleus, la demi-finale de l’Euro 2024 (2-1) puis celle de la Ligue des Nations 2025 (5-4).
Côté français, Didier Deschamps devrait aligner une défense entièrement renouvelée par rapport au dernier France-Espagne, avec Koundé, Upamecano, Saliba et Digne annoncés titulaires : aucun des quatre défenseurs alignés lors du précédent revers (Théo Hernandez, Lenglet, Konaté, Kalulu) ne devrait débuter à Dallas. Au milieu, Aurélien Tchouaméni, tout juste rétabli, retrouverait sa place au coup d’envoi et repousserait Manu Koné sur le banc, tandis que Désiré Doué devrait conserver sa place sur le front de l’attaque aux côtés de Kylian Mbappé.
Sur le plan sportif, cette polémique ne change rien à la physionomie attendue du match. Mais elle ajoute une charge symbolique supplémentaire à une affiche déjà électrique : les Bleus arriveront à Dallas avec, en plus de l’enjeu d’une finale à décrocher, l’obligation de répondre sur le terrain à des mots qui n’auraient jamais dû être écrits.
Questions fréquentes
Qu’a dit exactement Mariano Rajoy sur l’équipe de France ?
Dans une tribune publiée le 11 juillet 2026 par El Debate, l’ex-Premier ministre espagnol a écrit que la France dispose « d’un effectif de très haut niveau… cela dit, sans Français », une formule visant les origines de plusieurs internationaux tricolores.
Combien de joueurs de l’équipe de France sont réellement nés en France ?
Selon l’ambassade de France en Espagne, 23 des 26 joueurs sélectionnés pour ce Mondial 2026 sont nés en France. Les trois autres, Michael Olise, Marcus Thuram et Brice Samba, nés à l’étranger, possèdent également la nationalité française.
Comment Pedro Sánchez a-t-il réagi aux propos de Rajoy ?
Le Premier ministre espagnol actuel a désavoué son prédécesseur sur X, dénonçant des « déclarations xénophobes » et rappelant que l’appartenance à un pays se mesure à l’attachement qu’on lui porte, pas au nom de famille ou à la couleur de peau.
Quand et où se joue la demi-finale France-Espagne ?
Le match est programmé mardi 14 juillet 2026 à 21h (heure française) au stade de Dallas, aux États-Unis, et sera diffusé en clair sur M6 et M6+.
Est-ce la première polémique raciste de ce Mondial 2026 visant un joueur français ?
Non. Début juillet 2026, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla avait déjà tenu des propos racistes envers Kylian Mbappé, largement condamnés en France avant cette nouvelle affaire concernant Mariano Rajoy.








