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FIFA-UEFA : la crise éclate après le projet de vente d’une filiale du Mondial à 20 milliards de dollars

Gianni Infantino, président de la FIFA, avec le trophée de la Coupe du Monde

La FIFA a dévoilé le 28 juillet 2026 son projet de céder jusqu’à 20 % des parts d’une nouvelle filiale commerciale, la FIFA Forward Enterprise, valorisée 20 milliards de dollars et chargée de gérer la Coupe du Monde. L’UEFA a immédiatement dénoncé une ligne rouge franchie et envisage un boycott des compétitions FIFA. Le football mondial n’avait plus connu pareille crise de gouvernance depuis le projet de Super League en 2021.

Qu’est-ce que la FIFA Forward Enterprise, la filiale au cœur du conflit ?

La FIFA Forward Enterprise (FFE) est une nouvelle société annoncée le 28 juillet 2026, valorisée 20 milliards de dollars. Elle regrouperait les droits commerciaux de la FIFA (diffusion, sponsoring, billetterie, licences) ainsi que l’organisation opérationnelle de la Coupe du Monde masculine, de la Coupe du Monde féminine et de la Coupe du Monde des clubs.

Selon les informations relayées par Bloomberg, CNN et la presse française (Boursorama), la FIFA veut céder jusqu’à 20 % des parts de cette filiale à des investisseurs externes pour lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars. L’instance affirme qu’elle conserverait le contrôle exclusif de l’entreprise et l’autorité « EXCLUSIVE » sur la gouvernance du football, les compétitions, le calendrier des matchs et l’ensemble des décisions réglementaires et sportives.

L’argument avancé par la fédération internationale : cette levée de fonds permettrait de tripler l’enveloppe versée à ses 211 fédérations membres via le programme Forward, qui passerait de 8 millions de dollars par cycle actuellement à 20 millions de dollars pour le cycle 2027-2030, puis 22 millions pour 2031-2034 et 24 millions pour 2035-2038. Un argument qui explique pourquoi plusieurs petites fédérations, notamment en Afrique et en Asie, se montrent plutôt réceptives au projet porté par Gianni Infantino.

Pourquoi l’UEFA menace-t-elle de boycotter la FIFA ?

L’UEFA a qualifié le projet FIFA Forward Enterprise de ligne rouge dans un communiqué publié le 28 juillet, quelques heures après les révélations du Times. Ses 55 fédérations membres doivent tenir une réunion d’urgence en visioconférence cette semaine pour étudier plusieurs options de riposte, dont un boycott de compétitions organisées par la FIFA comme la Coupe du Monde des clubs ou la Coupe du Monde féminine 2027.

« Ceci franchit une ligne que les instances dirigeantes du football ne devraient jamais franchir. L’âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à négocier, d’autant plus qu’aucune transparence n’existe quant à qui en tirerait profit. Personne ne possède le football, il n’appartient pas à la FIFA de le vendre. »

— Communiqué officiel de l’UEFA, 28 juillet 2026

Cette sortie intervient alors que les relations entre Gianni Infantino et le président de l’UEFA Aleksander Čeferin étaient déjà glaciales : ce dernier avait boudé la finale de la Coupe du Monde 2026, remportée par l’Espagne face à l’Argentine le 19 juillet à East Rutherford, sur fond de désaccords autour de l’arbitrage et de l’organisation des matchs. L’annonce du 28 juillet a rouvert la plaie en quelques heures à peine.

Qui sont les investisseurs qui financeraient l’opération ?

Le tour de table serait mené par Thrive Capital, le fonds fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, selon Bloomberg et ESPN. La banque JPMorgan agirait comme conseil financier de l’opération, tandis que Greg Maffei (ex-dirigeant de Liberty Media) et Bob Iger (ex-patron de Disney) figureraient parmi les conseillers du projet.

Fait à souligner : Jared Kushner lui-même ne serait pas directement impliqué dans l’opération, précise Forbes, même si Trump et Infantino avaient déjà fait parler d’eux cet été, à propos d’un tout autre dossier : celui du carton rouge de Balogun. Selon des informations relayées par la journaliste Sophia Cai, Thrive Capital chercherait aussi à élargir sa base d’investisseurs en démarchant des fonds souverains dans plusieurs continents, pour ne pas dépendre d’un seul bailleur.

📊 Les chiffres clés

📊 FIFA Forward Enterprise — les chiffres clés
Valorisation de la filiale20 milliards $
Montant visé par la cessionJusqu’à 4,2 milliards $
Part cédée aux investisseursJusqu’à 20 %
Aide fédérations 2027-203020 M$ (contre 8 M$ actuellement)
Aide fédérations 2035-203824 M$
Recettes Coupe du Monde 2026~12 milliards $ (record)
Fédérations membres FIFA211
Fédérations membres UEFA55

Chiffres selon la FIFA, Bloomberg et ESPN (28 juillet 2026).

D’autres voix s’élèvent contre le projet de Gianni Infantino

Au-delà de l’UEFA, le président de LaLiga Javier Tebas et le Premier ministre britannique Andy Burnham ont eux aussi critiqué le projet de cession de parts de la FIFA Forward Enterprise porté par Gianni Infantino. Tebas a jugé que le temps d’Infantino à la tête de la FIFA était désormais « révolu ». La confédération nord-américaine CONCACAF a de son côté fait part de ses réserves, non pas sur le fond, mais sur l’absence de concertation avant l’annonce.

Andy Burnham, devenu Premier ministre britannique le 20 juillet 2026 après le départ de Keir Starmer, a livré la sortie la plus commentée sur le sujet :

« Le football n’appartient pas aux investisseurs. Il appartient à celles et ceux qui remplissent les tribunes et qui se tiennent en bord de touche semaine après semaine, qu’il pleuve ou qu’il vente. La Coupe du Monde n’est pas un produit. Dès l’instant où l’on en a vendu un morceau, on a tout vendu : elle n’a jamais appartenu à personne pour être cédée. »

— Andy Burnham, Premier ministre britannique, 28 juillet 2026

Du côté des joueurs, le syndicat mondial FIFPRO n’a pas encore réagi publiquement à l’annonce du 28 juillet. Le climat entre le syndicat et la FIFA reste marqué par plusieurs épisodes de tension sur le calendrier international, dont une plainte déposée en 2024 auprès de la Commission européenne aux côtés de LaLiga et des Ligues européennes pour « abus de position dominante ». Un accord de collaboration a toutefois été signé entre les deux parties en juin 2026, ce qui rend sa position actuelle difficile à deviner.

Derrière les chiffres, c’est une vieille question de pouvoir qui refait surface : qui décide de l’avenir du football ? Les 211 fédérations, dont beaucoup vivent des largesses de la FIFA, ou l’Europe, qui produit l’essentiel des revenus du sport sans disposer d’un droit de regard sur ses compétitions phares ? Il y a quelque chose d’assez savoureux dans ce retournement : en 2021, FIFA et UEFA faisaient front commun contre la Super League, au nom de la défense du football face aux intérêts financiers privés. Cinq ans après, c’est la FIFA elle-même qu’on accuse de vouloir ouvrir le capital de son bien le plus précieux à un fonds proche de l’entourage de Donald Trump.

La FIFA a-t-elle déjà tenté ce genre de coup de force ?

Ce n’est pas la première fois que Gianni Infantino tente de faire entrer des capitaux privés dans le football mondial. En 2018 déjà, il avait proposé en toute discrétion un accord de 25 milliards de dollars sur douze ans avec le groupe japonais SoftBank pour créer de nouvelles compétitions, dont une Coupe du Monde des clubs élargie, un projet en partie adossé à des fonds saoudiens. L’initiative avait été enterrée face à la résistance de l’UEFA, qui craignait de voir ses propres compétitions phares, la Ligue des champions et l’Euro, concurrencées. L’UEFA négocie d’ailleurs en ce moment l’avenir économique de sa propre Ligue des champions, preuve que la question du modèle financier du football ne se limite pas au seul dossier FIFA.

En 2021, un autre projet porté par la FIFA visant à organiser une Coupe du Monde tous les deux ans au lieu de quatre avait lui aussi été abandonné après la menace d’un boycott mené par l’UEFA. Le scénario qui se rejoue aujourd’hui suit ainsi un schéma déjà connu : une initiative de la FIFA jugée trop unilatérale, une opposition frontale de l’UEFA, puis une réunion d’urgence pour arbitrer un rapport de force.

Et maintenant ? Le calendrier des prochaines étapes

Le projet doit encore obtenir l’approbation d’une majorité des 211 fédérations membres de la FIFA, ainsi qu’un vote du Conseil de la FIFA, son organe exécutif de 37 membres, sur les changements réglementaires nécessaires. Aucune date de vote officielle n’a pour l’instant été fixée : le dossier devrait être abordé lors de la prochaine réunion du Conseil à l’automne, puis autour de la Coupe Intercontinentale de la FIFA en décembre 2026, avant un possible vote lors d’un prochain Congrès de la FIFA.

Dans l’immédiat, tous les regards se tournent vers la réunion d’urgence des 55 fédérations de l’UEFA cette semaine. Son issue déterminera si la menace de boycott reste un simple outil de pression ou si l’Europe du football est prête à aller jusqu’à la rupture avec son propre organe faîtier.

Questions fréquentes

Est-ce que le projet FIFA Forward Enterprise concerne aussi la Coupe du Monde 2026 déjà disputée ?

Non. La Coupe du Monde 2026 (Espagne championne face à l’Argentine le 19 juillet) est déjà terminée. La FIFA Forward Enterprise concerne la gestion future des tournois FIFA, dont les prochaines éditions masculine et féminine de la Coupe du Monde et la Coupe du Monde des clubs.

C’est quoi Thrive Capital et qui est Joshua Kushner ?

Thrive Capital est le fonds d’investissement fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner (gendre de Donald Trump). C’est ce fonds qui mènerait le tour de table pour racheter jusqu’à 20 % de la FIFA Forward Enterprise, selon Bloomberg et ESPN.

Ce projet est-il comparable au projet de Super League de 2021 ou au deal FIFA-SoftBank de 2018 ?

Le principe est différent : la Super League voulait créer un championnat de clubs concurrent, tandis que la FIFA Forward Enterprise ouvre le capital d’une filiale existante à des investisseurs. Le précédent le plus proche reste le deal FIFA-SoftBank de 2018, abandonné après la résistance de l’UEFA.

Combien les fédérations toucheraient-elles si le projet est approuvé ?

Selon la FIFA, l’aide versée à chacune de ses 211 fédérations membres passerait de 8 millions de dollars actuellement à 20 millions pour le cycle 2027-2030, puis 24 millions pour 2035-2038.

Quand la FIFA pourrait-elle voter sur ce projet ?

Aucune date n’est encore fixée. Le dossier doit d’abord passer par le Conseil de la FIFA à l’automne 2026, avant un possible vote des 211 fédérations lors d’un prochain Congrès de la FIFA.

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